La Gambie - 21 mars au 27 avril 2021

 

Nos premiers pas à Banjul ont lieu un dimanche. La ville est très calme et nous sommes guidés par Mohammed qui doit nous aider à faire les formalités le lendemain. Nous n'aimons pas spécialement passer par un intermédiaire pour nous guider lors des formalités mais on nous a conseillé Mohammed alors nous avons suivi le conseil.

 

Le lundi matin, la ville est métamorphosée et ressemble à une grosse fourmilière poussiéreuse et sale. Nous débarquons au port de pêche, sur la rue qui mène au port de commerce. La circulation des camions est impressionnante, un cargo transportant du sucre est arrivé. Mohammed nous guide dans les différents bureaux et nous avons du mal à savoir qui nous avons en face de nous : le « prédouanier », le douanier, le bureau sanitaire, l'immigration, le « post-douanier », les autorités portuaires... Au bout de 5 heures à passer d'un bureau à l'autre et à marcher entre les camions et les conteneurs, nous avons enfin nos visas et nos carnets de vaccination, obtenus sans vaccination mais contre une quarantaine d'euros. Nos carnets sont restés en France, nous ne devions pas en avoir en besoin en Méditerranée... Et sans Mohammed, nous n'osons pas imaginer le temps qu'il nous aurait fallu.

 

Pour une capitale, Banjul a des allures de village et nous finissons par y prendre nos marques. Mais nous ne traînons pas à visiter les environs, notre objectif est de remonter le fleuve avant qu'il ne fasse vraiment trop chaud.

 

 

 

Nous faisons une courte étape à Lamin Lodge, où nous retrouvons des voiliers et où, bonheur, on nous affirme que la baignade est sans danger, que les crocodiles se tiennent à l'écart. Les filles en profitent à fond, d'ailleurs elles ne font que ça pendant que nous nous préparons pour le fleuve.

 

 

Nous récoltons les dernières infos et conseils pour notre périple fluvial auprès de Simon et Sandrine, un couple de Belges et nous mettons en route le 30 mars.

Le fleuve Gambie est navigable très loin dans les terres. Nous ne pourrons pas aller plus loin que Janjanbureh, à près de 170 milles (315 km) de l'embouchure, un câble barre le fleuve à cet endroit.

 

Notre première étape a lieu à l'île James, anciennement utilisée pour contrôler l'accès au fleuve par les européens qui y avaient des comptoirs et pour garder les esclaves avant leur embarquement vers l'Amérique.

 

 

Les premiers jours, nous parvenons à avancer à la voile ce qui nous permet de profiter du calme du fleuve. Très vite, la température grimpe et nous mettons en place des stratégies pour garder le bateau le plus frais possible : mouillage à l'ombre de la mangrove, tauds dans tous les sens pour garder le pont à l'ombre, arrosage du pont, extinction du moteur le plus tôt possible dans l'après-midi, etc..

 

A environ 60 milles de l'estuaire, il y a un pont à passer. Les spéculations sur sa hauteur vont bon train entre voiliers et pour en avoir le cœur net, Gaëtan a décidé d'aller le mesurer. Il s'équipe d'un long bout et marche jusqu'au milieu du pont. Ça y est, nous savons qu'il y a 18m40 sous le pont à marée haute (environ 1m50 au dessus du 0). En redescendant, nous avons droit aux remontrances d'un militaire de la marine gambienne. Seul pont sur le fleuve, l'ouvrage, inauguré en janvier 2019, est ultra stratégique dans la région puisqu'il permet de désenclaver la Casamance, et carrément d'améliorer les liaisons routières en Afrique de l'ouest...

 

 

Dans la partie du fleuve où l'eau est encore salée, la mangrove et les roseaux habillent les berges. Nous voyons beaucoup d'oiseaux et même des singes. 

 

Nous passons le week-end de Pâques au village de Bombally. Nous avons de la chance, il y a une fête culturelle ce week-end avec tambours traditionnels, danses, et apparitions des « kankourang » masques et êtres mythiques du peuple mandingue. Nous avons fait la connaissance d'Ousmane qui nous guide dans son village et nous présente sa famille. Le village est doté d'un bon réseau d'eau et nous pouvons boire l'eau du robinet sans risque. Avec la chaleur qui dépasse maintenant les 40°C l'après-midi, nous buvons 10L d'eau par jour à quatre.

 

 

Au trois quarts de notre remontée l'eau devient douce et c'est à partir de là que nous pouvons apercevoir des hippopotames. Nous scrutons les berges et les eaux du fleuve à s'user les yeux mais ces grosses bêtes sont discrètes. Nous rencontrons surtout des pirogues de pêche et nous pouvons mouiller à peu près n'importe où sur le fleuve. Aux Deer Islands, nous décidons de mouiller dans un bras étroit entre deux îles et nous pensons être seuls quand nous entendons des voix. Il y a en fait une famille qui « campe » sur l'île 4 mois de l'année avec son bétail. Les conditions de vie sont rudimentaires et Fatoumata, qui parle un peu anglais, nous montre la mare dans laquelle ils prélèvent l'eau qu'ils boivent. Manoë s'exclame « mais c'est boueux !! ». On nous installe sur une natte à l'ombre d'une cabane et on nous sert du lait frais tiré sous nos yeux. Craignant un peu pour nos estomacs vu les conditions d'hygiène, nous n'osons pas refuser malgré tout et goûtons le lait encore tiède du bout des lèvres. Yaëlle se régale, y va à grandes goulées et en redemande. Nous repartons avec une bouteille de lait cru et revenons le lendemain en chercher une deuxième, autant par goût du lait que pour le plaisir de revoir Fatoumata et sa famille. Nous consommons du lait cru en France que nous gardons au frigo sans problème. Ce lait-ci est très riche en bactéries et ferments, au bout de 12h, nous avons déjà du lait caillé et une crème bien épaisse. Avec ce genre de lait, pas de problème pour faire du fromage !

 

 

Nous avons de plus en plus de mal à supporter la chaleur. Il fait 42°C de 15h à 19h et avec nos journées de moteur, il fait encore 36°C dans le bateau quand nous allons nous coucher vers 21h. Le soir, nous mangeons dehors, l'intérieur du bateau est intenable et l'air ne circule pas assez à travers les moustiquaires. Même le brossage des dents se passe dehors et nous nous versons de grands seaux d'eau sur la tête juste avant de se coucher. La température devient supportable à partir de 3h du matin et le lever du jour est la meilleure heure : 25°C, pas de moustiques, le bonheur. Nous faisons tout ce que nous pouvons le matin en sachant que ces heures de « vie active» sont comptées : école, préparation des repas, rangement, visites...

 

Nous souffrons et les appareils électriques aussi. Le frigo a du mal à descendre en dessous de 17°C, mon téléphone surchauffe et fait n'importe quoi, le convertisseur 12V/220V mouline.

 

 

Mais nos efforts sont récompensés. A hauteur de Red Hill, nous apercevons les oreilles de notre premier hippopotame. Il est farouche et se cache sous l'eau dès que nous approchons un peu. Le soir, nous mangeons dans le cockpit à la lueur des bougies avec les grognements des hippopotames en fond sonore. Le bruit ressemble à quelqu'un qui essaye de jouer de la trompette depuis le fond d'une caverne. Toutes les nuits, les hippopotames viennent brouter l'herbe sur les berges du fleuve. Nous entendons aussi les « flapflap » de leurs queues qui projetent leurs déjections.

 

Nous sommes aux portes du parc naturel de Baboon Island. Les gardes du parc viennent nous voir et nous amènent faire une balade à terre à la recherche des cochons sauvages. Nous n'en voyons pas mais nous sommes gâtés par de nombreux oiseaux et les empreintes laissées par les hippopotames lors de la saison des pluies de l'année dernière.

 

Le parc de Baboon Island est composé de 3 îles principales. La végétation y est luxuriante et nous avançons moteur éteint, portés par le courant, à l'affût des bruits ou des mouvements dans le feuillage ou dans l'eau. Soudain les arbres semblent secoués devant nous. Une famille de babouins saute dans les branches et nous observe plus ou moins discrètement. Il sont tellement curieux que pour les voir, nous nous disons qu'il faut plutôt faire un peu de bruit.

 

 

Nous continuons d'avancer vers Janjanbureh, curieux des nouvelles surprises que peut nous réserver le haut du fleuve. Nous apercevons beaucoup de camps de pêcheurs mais peu de villages juste au bord de l'eau. Il y a de plus en plus de manguiers et un soir, nous mouillons au bord d'une plantation. Gaëtan débarque avec les filles pour demander la permission de cueillir des mangues. Un des ouvriers l'accompagne et est très fier de lui parler de son cousin qui vit en France. D'ailleurs il l'appelle sur le champ. Et voilà comment Gaëtan se retrouve au téléphone avec quelqu'un se trouvant à Paris Gare du Nord (il entend les annonces de la gare) perché dans les branches d'un manguier. La petite équipe revient avec 69 mangues (comptées consciencieusement pour les maths du jour de Manoë) dans l'idée d'en faire des mangues séchées. Mais finalement, il en reste assez peu à sécher, nous nous gavons tous les quatre à chaque repas.

 

 

Le 10 avril, 12 jours après notre départ de l'estuaire, nous arrivons à Janjanbureh. Un câble barre le fleuve, nous ne pouvons aller plus loin. En ville, nous nous réapprovisionnons en produits frais, en eau et visitons ce que l'on nous présente comme la « maison des esclaves ». Après recherches, il s'avère que ce bâtiment n'a jamais pu être une prison pour les esclaves puisqu'il a été construit après l’abolition de l'esclavage. De plus, l'île a été achetée par les anglais en 1823 et a surtout abrité des esclaves libérés. Ceci dit, l'histoire du pays et du fleuve est marquée par l'esclavage. Plusieurs personnes nous abordent dans la rue pour proposer leurs services de guide improvisé à travers les traces de ce passé tragique. Nous déclinons, sentant que la visite est surtout un moyen de gagner quelques Dalasi pour notre guide qui n'hésitera pas à broder un peu autour de la réalité historique.

 

 

Nous ne traînons pas à Janjanbureh, pressés de redescendre le fleuve pour retrouver des températures plus clémentes. Nous repassons devant une cale où nous avions vu beaucoup d'animation à l'aller et Gaëtan ralentit pour faire la manœuvre de mouillage. Mais le bateau est stoppé net par un grand bruit, nous sommes échoués sur ce qui s'avère être une barre rocheuse. Nous sommes passés exactement à cet endroit à l'aller et surtout, nous ne pensions pas trouver des rochers ! Le courant nous plaque contre les roches et nous craignons pour notre safran et l'hélice du moteur qui ont touché. Nous réussissons à nous dégager en portant une ancre en amont. Tout semble fonctionner à peu près normalement, nous n'avons pas de voie d'eau, c'est le principal. Pour nous remettre de nos émotions et pour fêter l'anniversaire de Gaëtan, nous décidons de rester là pour la nuit et débarquons pour une baignade. Nous faisons la connaissance de Mohammed qui travaille dans un potager à côté et en profitons pour lui acheter des légumes bien frais. Comme beaucoup de jeunes (hommes) avec qui nous parlons quelques minutes, il tient absolument à rester en contact avec nous sur Whattsapp. Sans réfléchir, je lui donne mon numéro en me disant que nous n'allons pas en faire grand chose. Mais ça c'était avant de comprendre qu'on allait nous demander comment on va chaque jour, si on a bien dormi, si les filles vont bien. Les jeunes gambiens sont fascinés par l'Europe et il semble très important d'avoir un contact européen. 

 

 

Chaque jour, nous profitons au maximum du courant portant pour avancer vers l'air de la mer. Quand le fleuve redevient salé, nous retrouvons les mangroves et nous n'hésitons pas à nous y accrocher pour mettre le bateau à l'ombre. Il fait encore chaud mais petit à petit, nos nuits redeviennent des nuits de sommeil, nous buvons moins et pouvons bouger sans nous liquéfier. Par contre, nous regrettons l'eau douce pour tout le confort qu'elle nous apportait : savon qui mousse sous la douche et sans besoin de rinçage, lessive sans restriction d'eau, etc.. Nous n'avons pas poussé jusqu'à boire l'eau du fleuve mais nous avons réalisé avec étonnement que beaucoup de gens la boivent telle qu'elle ce qui nous a rassuré sur l'absence d'éventuels parasites.

 

Nous avons visité peu de villages et décidons de faire un petit crochet par Bintang, à 30 milles de Banjul. Le village est implanté sur le bord d'un bolong. Nous sommes dimanche après-midi et des dizaines d'enfants se baignent. Les filles ont envie de se baigner avec les enfants alors nous débarquons. Très vite, nous sommes entourés d'une nuée d'enfants et c'est en fendant la foule, que Yaëlle, Manoë et Gaëtan entrent dans l'eau. Pendant qu'ils se baignent, une quinzaine d'enfants vient me voir pour me demander un ballon de foot ou des bonbons. Je leur explique que je ne distribue pas de cadeaux mais que s'ils ont quelque chose à échanger, je le ferais avec plaisir. Deux d'entre eux me proposent des mangues. Affaire conclue !

 

 

 

Une fois de plus nous ne traînons pas, il faut aller à Banjul pour faire renouveler nos visas. La chaleur a rendu notre visite du fleuve un peu trop rapide mais extraordinaire malgré tout. Si nous revenons, nous choisirons une autre saison afin de mieux profiter des rencontres et des balades dans les villages.

 

De retour à Banjul puis à Lamin Lodge, les filles passent à nouveau leurs journées dans l'eau pendant que nous préparons le bateau pour la navigation vers les Açores. Il nous reste un petit truc à faire avant de partir : voir des crocodiles. Il paraît qu'ils ne sont pas loin du mouillage...

 

 

 

Nous avons embarqué à Port Saint Louis du Rhône le 5 septembre 2020 sur notre Mélody nommé Sarabande. Cette année, nous allons visiter la Méditerranée en famille puis un peu l'Atlantique et nous reviendrons en Bretagne pendant l'été 2021.

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